La majorité des chiffres utilisés dans cet article provienne de l’étude de l’ADEME sur l’évaluation de l’impact du numérique en France paru en janvier 2025 mais sur les chiffres de 2022.
Il faut être conscient que depuis, les impacts se sont largement amplifiés, notamment avec les Data centers utilisés pour l’IA. Si on prend l’exemple de Google, les data centers installés pour l’IA en 2024 représentent une hausse de 13% d’émissions totales de CO2 de Google de CO2 par rapport à 2023 (58% depuis 2019)
Les impacts du numérique en France en chiffres:
Quelques chiffres clés:
Le numérique en France en 2022 représente:
4,4 % des émissions de CO2 en France
Cela peut paraître abstrait. Concrètement c’est l’équivalent d’un parc de plus de 21,5 millions de voitures.
D’un point de vue individuel, le numérique représente en 2022 434 kg de CO2 par français… alors que pour avoir une terre viable il faut une émission annuelle par personne égale à 2 tonnes
1,7 tonnes de matériaux par français
Les derniers chiffres faisaient état de 1 tonne par français et par an. On est passé à 1,7 tonnes (soit + 70%) !
Si cela s’explique en partie par la prise en compte des Datacenters utilisés par les français mais non localisés en France cela reste énorme.
Une augmentation de près de 20% de l’empreinte C02 entre 2020 et 2022

A ce rythme (sachant qu’avec les IA le rythme a probablement accéléré) de 20% tous les 2 ans, en 2024 nous étions à 34,8 Mt de CO2 avec l’étape de fabrication qui perd en % d’impact alors qu’elle continue à croître (merci les TV OLED grand écran!) Avec une tendance globale plutôt à la baisse en France on peut aisément imaginer que l’on se rapproche fortement des 6% des émissions pour l’année 2024.
Vision globale des impacts
Les impacts du numérique ce n’est pas que les émissions de CO2!
On parle généralement des émissions de CO2 comme impact environnemental. Malheureusement ce n’est pas le seul impact des activités liées au numérique.
Dans le rapport de l’ADEME on voit bien qu’il y a 11 impacts différents qui sont étudiés. Il y a notamment l’épuisement des ressources, l’acidification des sols et la toxicité.

La fabrication a un impact énorme… et l’usage, à travers les Datacenters, commence à avoir un impact tout aussi inquiétant!
On a tendance à dire que la fabrication est la phase la plus impactante et que pour réduire considérablement son impact le mieux c’est de conserver autant que possible son matériel. Et c’est vrai!
Malheureusement l’usage a tendance à prendre une part de plus en plus importante… Alors que la fabrication continue à voir ses impacts augmenter 🙁
Si l’on prend les émissions de CO2 (catégorie « changement climatique » dans le graphique précédent. En 2020 les terminaux c’était 54% de l’impact (avec la nouvelle méthode de calcul présentée au début du document de l’ADEME). En 2022 ce n’est plus que 50%

Cette tendance s’observe malheureusement sur la grande majorité des critères d’impacts étudiés:

Perspectives
A l’heure actuelle, les perspectives ne sont pas réjouissantes.
Depuis 2022 l’achat de terminaux n’a qu’assez peu diminué, les usages ont assez peu évolué… Si l’on ne compte pas les IA génératives qui ont augmenter très fortement les besoins en serveurs et la puissance de calcul nécessaires. Les évolutions perspectives de consommation de ces IA ne va pas non plus dans le bon sens avec des modèles qui semblent toujours plus énergivores comme on peut le voir avec OpenAI 03 qui améliore ses résultats… en multipliant le coût d’une « tâche » par plusieurs centaines:

L’éco-conception une solution nécessaire… à coupler avec une modification de nos usages
Acheter moins de terminaux neufs
Il est maintenant évident depuis de nombreuses années que pour préserver notre environnement il est nécessaire de réduire collectivement notre consommation de terminaux numériques.
L’éco-conception doit permettre cela en proposant des services numériques compatibles avec des terminaux anciens et moins puissants. On parle ici de potentielles optimisation mais aussi et surtout de bonnes pratiques dont certaines sont décrites dans le RGESN.
Proposer de nouveaux services économes et améliorer les anciens c’est nécessaire afin de laisser le choix aux utilisateurs de garder plus longtemps leurs terminaux. Pour cela il faut avoir des moyens de réparer facilement (et à un coût acceptable) ses terminaux mais aussi limiter l’envie d’acheter un nouveau terminal! Pour limiter cette envie il y a la pédagogie et la mise en place de bonne pratique pour préserver son matériel, avoir un matériel qui reste performant dans le temps (heureusement que la loi Moore s’essouffle) mais aussi la diminution de la « tentation » à laquelle les citoyens font face avec la multiplication des pubs pour des nouveaux terminaux qui n’apportent finalement pas grand chose!
Changer nos usages
Notre manière d’utiliser les services numériques doit évoluer.
Là encore l’éco-conception a un rôle à jouer. Je pense notamment à la limitation (la suppression) des dark patterns, limiter autant que possible l’économie de l’attention mais aussi réduire le volume de données transmises (le 1080p ne sert à rien sur un smartphone, la 4K n’est pas forcément nécessaire dans de très nombreux cas, le images peuvent souvent remplacer des vidéos et le texte des images…)
Mais, même si l’éco-conception peut aider il faut, de notre côté, en tant qu’utilisateur du numérique, que l’on fasse des choix en prenant en compte l’environnement. Voici quelques exemples:
- J’ai l’habitude de faire une recherche Google pour aller sur un site que je connais ? Autant aller directement sur le site, l’impact environnemental est inférieur.
- Je suis habitué à regarder des vidéos en HD ou ultra HD ? Pourquoi ne pas essayer une qualité inférieure ?
- Je n’utilise pas de nombreux terminaux pendant un certain temps ? Je les débranche
- Je ne veux plus d’un terminal ? Je le donne ou le revends plutôt que de le garder dans un placard
Ce sont des petites actions qui nous impactent peu en tant qu’utilisateur mais qui permettent d’économiser de l’énergie!
Faire attention avec l’IA
Je sais que l’IA est particulièrement tendance. Qu’il est très intéressant de jouer avec. Mais, honnêtement, l’IA pour l’IA est une hérésie.
Les requêtes aux IAs génératives sont beaucoup plus gourmandes que les recherches avec un moteur de recherche. Il est nécessaire de savoir analyser les résultats et ne pas les utiliser tel quel.
Les IAs génératives vont continuer (au moins à court terme) à consommer de plus en plus de données et nécessité de plus en plus de serveurs. Ce n’est pas pour rien que Google a renoncé à la neutralité carbone! Au rythme auquel va la consommation de ressources liée à l’IA le numérique va voir sa consommation en énergie exploser (les data centers c’est déjà 20% en Irlande) et son impact environnemental également avec la multiplication des GPU nécessaires au traitement des requêtes.
Je ne dis pas que l’usage de l’IA doit être abandonné. Je dis qu’il faut savoir utiliser l’IA judicieusement!
Avant d’utiliser l’IA on pourrait par exemple:
- S’assurer que l’on ne peut pas avoir un résultat équivalent autrement: pas besoin de demander la biographie de Nelson Mandela à ChatGPT, il suffit d’aller sur wikipedia!
- Faire son possible pour limiter les requêtes: en travaillant ses prompts!
- Adapter le LLM utilisé à son besoin: il y a de très nombreux LLMs. Dans de nombreux cas il est possible d’avoir des réponses pertinentes avec un LLM non généraliste qui impacte beaucoup moins l’environnement
- Utiliser l’IA pour des usages à forte valeur ajoutée: et je dirais même, utiliser l’IA pour aider à réduire l’impact environnemental des activités humaines…
Conclusion
L’impact environnemental du numérique prend des proportions effrayantes. Il est plus que temps de réduire drastiquement ces impacts si l’on souhaite continuer à vivre dans un environnement viable.
Le numérique fait partie de la solution aux problèmes climatiques mais malheureusement, à l’heure actuelle, le numérique est surtout un très gros problème 🙁
Pour réussir à revenir à un numérique responsable qui nous amènera vers une qualité durable il est plus que nécessaire de changer nos habitudes. Le temps où pour diminuer drastiquement son impact environnemental avec le numérique en achetant moins de terminaux est maintenant révolu. Il est maintenant nécessaires, à cause des dernières évolutions, de changer drastiquement nos usages.
L’éco-conception est toujours plus nécessaire mais est malheureusement devenue plus qu’insuffisante 🙁
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