Bonjour Florent, peux-tu rapidement te présenter ?
Bonjour Marc, je m’appelle Florent Vaution. Cela fait un peu plus de 20 ans que je suis dans le domaine de la qualité logicielle en exerçant différents métiers. Je suis le responsable de la qualité logicielle et de la conformité chez Ouest-France. A ce titre, j’anime une équipe d’une douzaine de personnes qui interviennent dans les équipes de la DSI sur l’ensemble des domaines applicatifs que nous développons. Cela va de l’impression du journal papier à la publication sur notre plateforme numérique en passant par les outils des journalistes.
Qu’est-ce que le test et la qualité représentent pour toi ?
La qualité est pour moi très orientée sur la satisfaction des utilisateurs. Le test est un moyen de mesurer cette satisfaction et de réduire le risque de déception lors de l’utilisation des applications que nous développons.
Qu’est-ce que le numérique responsable, et plus particulièrement l’accessibilité pour toi ?
J’ai commencé à adresser ce sujet il y a 3 ou 4 ans maintenant. A ce moment-là, je faisais un bilan de ce qui était en place en termes de tests afin d’identifier des axes de progression, d’amélioration. Je me suis naturellement orienté vers les tests non fonctionnels et donc vers l’ISO25010. Quand je suis arrivé sur l’accessibilité, j’ai commencé à me renseigner, à effectuer des recherches sur la façon de prendre en compte cet aspect dans nos produits.
Et là, surprise ! Il y avait une obligation légale ! Pour moi, il y avait donc un triple intérêt à agir :
- Se mettre en conformité avec la loi
- Étendre le périmètre des tests
- Confirmer les valeurs de Ouest-France en rendant nos produits les plus accessibles possibles pour le plus grand nombre
J’ai donc alerté mon DSI qui m’a soutenu dans une démarche de mise en place de moyens pour intégrer ce sujet dans nos projets. A cette occasion, j’ai pu me rapprocher de notre responsable RSE avec laquelle nous avons mené plusieurs actions autour de l’accessibilité et plus largement sur différents aspects du numérique responsable.
Comment t’es-tu formé sur le sujet ?
Initialement, je me suis débrouillé tout seul en recherchant de la documentation. Le RGAA est une source importante car il contient d’une part les critères en matière d’accessibilité numérique et d’autre part les moyens de vérifier la conformité à ces critères. Mais ce n’est pas suffisant et ce n’est pas le seul référentiel. J’ai aussi pris en compte le WCAG, a11y … et toutes les ressources inhérentes au sujet.
J’ai essayé de faire un audit selon le RGAA par mes propres moyens et me suis retrouvé confronté à des problématiques de compétences et de compréhension de plusieurs critères. J’ai donc fait appel à un tiers spécialiste de l’accessibilité pour m’accompagner et accompagner nos équipes. Nous avons tout d’abord débuté sur un projet annexe avant de l’étendre petit à petit sur notre plateforme numérique et nos applications mobiles.
C’est ainsi que j’ai pu monter en compétences et que je suis beaucoup plus à l’aise avec les critères à respecter.
Comment as-tu convaincu Ouest France de se lancer sur l’accessibilité et de le faire avec toi ?
Le prisme de la conformité légale a été un déclencheur. J’ai ensuite pu trouver du soutien auprès de mon DSI et de la responsable RSE pour s’engager dans cette voie. Je ne vais pas mentir : le sujet était loin de passionner les foules ! Néanmoins, j’ai réussi à avoir une oreille attentive de la part de plusieurs personnes que ce soit côté UX/UI ou développement front.
L’extension de l’obligation légale en juin 2025 a aussi été un facteur d’accélération, notamment dans le cadre de l’ouverture de la chaine TNT Novo19 qui met Ouest-France sous les projecteurs.
Quelle stratégie as-tu mise en place pour implémenter les tests d’accessibilité ?
Tout part du design. J’ai travaillé, et je continue à le faire, avec les personnes de l’équipe UX/UI afin de respecter les critères d’accessibilité « by design ». Ensuite, nous avons la notion de fiche projet afin de cadrer différents critères avant de se lancer dans un développement conséquent. L’accessibilité fait partie de ces critères. Cela force les personnes à se poser la question.
Nous avons aussi un outil qui permet de vérifier automatiquement certains critères. Je le lance régulièrement afin de m’assurer qu’il n’y a pas eu de régression flagrante.
Et comme je reste testeur avant tout, je suis sollicité régulièrement sur différents projets pour vérifier la conformité au RGAA et je mène des tests manuels.
As-tu été amené à former des collaborateurs sur l’accessibilité ? Si oui, comment, si non, pourquoi ?
Plutôt qu’une formation, nous avons fonctionné par la sensibilisation des différents acteurs. J’ai profité des différents audits pour faire en sorte que les UX/UI designers, les développeurs front, les chefs de projet soient présents afin d’entendre les retours des experts.
Et au-delà de l’accessibilité, nous avons aussi engagé une démarche autour des fresques du numérique afin que les équipes métier et DSI prennent conscience des enjeux liés à l’usage du numérique dans nos métiers et chez nos lecteurs.
Quels conseils souhaites-tu donner à des QA qui voudraient se lancer dans l’accessibilité ?
L’accessibilité peut être difficile à comprendre pour un QA qui se lance sans aide. Les critères du RGAA sont rédigés de façon à ce qu’ils peuvent être interprétés. Juste un exemple : lors de l’audit dans lequel je me suis lancé de manière autonome, j’ai évalué un critère sur une page A et quand je suis arrivé sur la page B, j’avais une compréhension différente de ce même critère. Donc, faire appel à un tiers expert peut permettre d’aller plus vite et surtout mieux sur le traitement de ce sujet.
Ne pas hésiter à utiliser quelques outils également. Cela peut être des plugins sur les navigateurs internet ou des outils spécifiques. Avec toutefois la conscience que cela ne représente qu’une petite partie des critères du RGAA.
Et surtout que l’expérience des utilisateurs en situation de handicap va au-delà de cette conformité à quelques critères. Certains tiers proposent d’avoir un retour de la part d’un panel d’utilisateurs en situation de handicap par exemple.
Quels conseils souhaites-tu donner à des QA qui voudraient implémenter l’accessibilité dans leur organisation ?
Avoir un soutien. Car cela demande des efforts, potentiellement de la formation, des outils, l’intervention de tiers experts …
Cela signifie donc que si un QA commence à passer du temps sur l’accessibilité, il en passera moins sur d’autres aspects. Cela constitue donc un nouveau risque. Il faut accepter ce risque ou trouver des solutions palliatives.
En dehors de l’accessibilité, souhaites-tu implémenter d’autres éléments liés au numérique responsable ?
Sur l’accessibilité, nous avons encore beaucoup de choses à faire. L’audit réalisé cette année a révélé des axes d’amélioration pour se mettre en conformité. Néanmoins, cela ne peut se faire qu’en regard d’objectifs de rentabilité de l’entreprise. Nous ne pourrons travailler et investir sur le sujet de l’accessibilité que si nous en avons les moyens financiers.
Nous avons déjà en place le suivi d’autres éléments liés au numérique responsable avec la responsable RSE. Je pense à la mesure de l’empreinte carbone de notre plateforme numérique. Je pense à l’utilisation de nos matériels avec l’allongement de la durée de vie qui atteint aujourd’hui environ 6 ans pour un PC. Je pense à l’utilisation de matériel reconditionné également. Je pense à la fourniture de matériel déclassé à des associations qui luttent contre la fracture numérique.
Néanmoins, nous avons encore des actions que nous souhaiterions mener. Mesurer l’empreinte de nos infrastructures internes et cloud, continuer à sensibiliser nos équipes à travers des fresques du numérique, maitriser le poids de nos vidéos qui deviennent un média privilégié, favoriser l’écoconception dans nos projets …
Souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Au-delà de l’aspect législatif, l’accessibilité, et plus largement le numérique responsable, est un levier d’amélioration de la qualité de nos applications et d’effort collectif en dialoguant avec les représentants de plusieurs métiers.
Pensez à rejoindre le groupe « Le métier du test » si vous souhaitez échanger sur le test
Merci à tous ceux qui mettent « j’aime », partagent ou commentent mes articles
N’hésitez pas à faire vos propres retours d’expérience en commentaire.


