Bonjour Zoé, peux-tu rapidement te présenter ?
Bonjour Marc ! Je me suis lancée dans la qualité logicielle depuis 2015 après des études littéraires et en sciences humaines et sociales. J’ai surtout de l’expérience en tant que consultante. Cela m’a donné l’occasion de découvrir pas mal de contextes différents et d’explorer un grand nombre d’activités de test. Je travaille pour la société Hightest depuis bientôt 9 ans.
Une des particularités de ma carrière est qu’elle s’est jusqu’à présent déroulée essentiellement à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie ! C’est un territoire océanien isolé avec assez peu de personnes qui travaillent dans le test. C’est pourquoi j’ai très vite cherché à créer des liens avec d’autres spécialistes dans le monde, et en premier lieu en métropole. D’où l’idée du blog Hightest, créé en 2017 ! Il propose un nouvel article sur le test tous les mois, souvent en collaboration avec d’autres personnes de l’univers du test.
En 2020, j’ai également commencé à prendre la parole à l’occasion d’événements tels que des webinars et des conférences. En 2023, lors de ma venue en métropole, j’ai eu le grand plaisir de faire un talk à la JFTL.
Ma dernière actu est d’avoir participé au groupe #LesPepitesDuTest sur LinkedIn. Cette initiative met en avant l’expertise de femmes francophones de la qualité logicielle à l’occasion du 23 juin (Journée Internationale des Femmes dans l’Ingénierie). Il y a plein de bons contenus à découvrir et j’encourage tout le monde à y jeter un œil !
Lors de ta conférence à la JFTL, tu abordais le sujet de l’écriture épicène. Peux-tu nous en dire plus ?
Oui, et surtout je vais donner un exemple parce que ce terme d’ « épicène » n’est pas si commun que ça !
Quand on dit « les lecteurs du blog » pour désigner des hommes et des femmes, ça porte à confusion. Le « masculin neutre » n’est pas compris comme tel par le cerveau, ce que montre l’ouvrage Le Cerveau pense-t-il au masculin ? de Ute Gabriel, Pascal Gygax et Sandrine Zufferey. Quand une forme masculine est exprimée, que l’intention soit « neutre » ou non, on pense directement à des hommes avant tout. Selon le contexte, un effort est ensuite fait (ou non !) pour reconnaître que des femmes sont peut-être aussi concernées.
Je vais donc te taquiner mais, quand on pense à « La Taverne du Testeur », nos cerveaux ont besoin de faire un effort d’ajustement pour considérer que le « Testeur » peut aussi être une testeuse ! C’est pourquoi je trouve plus simple et plus juste de comprendre « La Taverne tenue par Marc le testeur » 😋
Pour reprendre notre exemple, « les lecteurs et les lectrices » est une forme inclusive, mais on peut lui reprocher d’être trop longue, et ça peut ne pas convenir à tout le monde. À l’écrit, « lecteur·rices » ou même le néologisme « lecteurices » peuvent également faire débat. Il y en a qui pointeront le fait que ça peut poser un problème de lisibilité pour certaines populations (scientifiquement parlant il n’y a pas encore de consensus sur ce point). Ou encore, que c’est un changement trop important dans la langue française…
Cet exemple montre bien le fait que le langage véhicule des valeurs, même quand notre message est simple et en apparence anodin.
Pour ma part, je trouve très important d’adopter un langage qui n’invisibilise pas les femmes. Le point médian ne m’agace pas, bien au contraire. Mais quand je teste un produit, il est important que je trouve un équilibre entre mes valeurs et les exigences d’un marché qui ne sera peut-être pas d’accord avec moi. Je me refuse donc de fermer les yeux sur les formes au « masculin neutre », mais refuse aussi de déclencher des polémiques. Et heureusement, il existe un sweet spot qui correspond à ces deux contraintes : le langage épicène !
Le langage épicène est une forme de langage inclusif qui se distingue des autres par le fait qu’il gomme entièrement la notion de genre des personnes. Dans notre exemple, au lieu de « lecteurs, « lectrices », on peut utiliser des formulations vraiment neutres. Par exemple « le lectorat », « le public », voire « la cible » selon le contexte. Le vocabulaire est assez riche pour trouver des formulations alternatives en fonction du message qu’on veut faire passer. On peut aussi créer des périphrases comme « les personnes qui lisent le blog », « les fans de ce blog »…
Bien sûr, si on parle d’un groupe de 5 hommes qui décident de soumettre un article co-écrit, pas besoin de chercher une formule épicène. « 5 lecteurs ont écrit un article », c’est limpide.
À l’oral, c’est difficile d’adopter un langage 100 % épicène. Mais à l’écrit c’est beaucoup plus simple. Tu as peut-être remarqué que tout ce que je dis ici est exprimé de manière épicène !
En quoi l’écriture épicène (et plus généralement les écritures inclusives) améliore-t-elle la qualité des logiciels ?
Elle l’améliore parce qu’elle permet de s’adresser correctement aux gens, sans pour autant nécessiter de développement supplémentaire.
Beaucoup d’applications, lorsqu’on s’y inscrit, nous demande notre prénom, et parfois notre sexe, sans pour autant adapter les textes. On se retrouve alors avec des formulations étranges. En voici quelques exemples, que j’invite à traduire en langage épicène dans les commentaires de l’article 😊
- Vous êtes connecté en tant que Maud.
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- Fadila, voulez-vous envoyer une demande d’ami à Stéphanie ?
En lisant ces phrases, on comprend le sentiment d’étrangeté que peut ressentir une femme utilisant des outils numériques au quotidien !
Personne ne veut que son appli génère de la dissonance, c’est donc parfaitement un sujet de qualité logicielle.
Comment mettre en avant l’écriture épicène lorsque l’on travaille dans une équipe agile ?
Agile ou pas, l’écriture épicène peut être présentée assez simplement avec les précédents arguments. Pour ce qui est de la mise en œuvre, le mieux serait d’en faire un critère qualité comme un autre. Sinon, on peut corriger les formulations en envoyant des merge request. Ou en dernier recours, consigner les phrases à corriger dans le bugtracker…
Ayant mis en place ces pratiques dans plusieurs projets, je n’ai pas remarqué de résistance particulière vis-à-vis de la démarche. Et tant mieux, car c’est bien le but de l’opération de limiter les frictions !
Qu’est-ce que le test pour toi ?
Une activité marrante. Si elle ne l’est pas, c’est un signe qu’il faut changer quelque chose au processus.
Qu’est-ce que la qualité pour toi ?
Un levier de performance qu’un grand nombre d’organisations ignorent encore.
Quel lien fais-tu entre le test et la qualité ?
Ce sont les organisations qui détiennent ce lien ; quand les efforts de test se traduisent en une meilleure qualité, c’est que les choses vont dans le bon sens.
Quand les deux ne sont que vaguement corrélés, il y a des choses à faire pour renforcer le lien. Peut-être une évaluation TMMi !
Souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Merci Marc pour tout ce que tu fais pour la communauté du test logiciel ! Et aux personnes qui m’ont lue jusqu’ici, n’oubliez pas de vous exercer à traduire en langage épicène, par exemple avec les petites phrases partagées plus haut 😃
Pensez à rejoindre le groupe « Le métier du test » si vous souhaitez échanger sur le test
Merci à tous ceux qui mettent « j’aime », partagent ou commentent mes articles
N’hésitez pas à faire vos propres retours d’expérience en commentaire.



Une réponse
Bonjour,
Intéressant.
Mais les phrases soumises sont simplement fausses du point de vu grammatical.
C’est surtout la manière de penser générale qu’il faut faire évoluer…
Il y a une faute là vers la fin du texte :
Beaucoup d’applications, lorsqu’on s’y inscrit, nous demande notre prénom, et parfois notre sexe, sans pour autant adapter les textes.
Ca doit s’écrire :
Beaucoup d’applications, lorsqu’on s’y inscrit, nous demandent notre prénom, et parfois notre sexe, sans pour autant adapter les textes.
…non ?
Comment ça il n’est pas utile de donner son sexe pour acheter du jambon et de l’huile de vidange ?? 😉
Bonne journée