Savoir remonter une information de manière acceptable: une compétence trop souvent oubliée ?

Le testeur a encore, dans certains environnements, mauvaise presse.

Il est dans ces cas encore vu comme un porteur de mauvaises nouvelles qui fait prendre du retard au développement du logiciel. Afin de lutter contre cette image il est essentiel de savoir remonter les bugs (ou des feedbacks) de manière constructive afin de ne pas braquer ses interlocuteurs et, au final, arriver à une situation contre productive.

Sachant cela il n’est pas étonnant que le syllabus ISTQB fondation mette en avant la communication comme une des compétences essentielles du testeur (p25).

J’ai moi même déjà fait une grosse erreur de communication qui a impacté durablement une mission comme je le décris dans cet article. Pour faire simple, je sortais d’une mission réussie où l’on avait mis en place de nombreuses bonnes pratiques dans lesquelles je croyais. J’ai donc voulu les intégrer aussi rapidement que possible dans ma nouvelle équipe lorsque je me suis aperçu qu’elles n’étaient pas présentes… et cela sans prendre en compte le contexte:

  • je ne connaissais pas suffisamment l’historique (pourquoi en est on à ce point ? Quelles contraintes ?…)
  • je ne connaissais pas l’historique
  • je n’avais pas acquis de légitimité dans ma nouvelle équipe

Au final ces pratiques n’ont pas été mises en place à court terme (mais plusieurs mois plus tard et de manière différente). C’est une erreur qui peut passer pour une erreur de « jeunesse » d’un testeur.

Malheureusement nul n’est à l’abri de ce type d’erreur et ce particulièrement sur un sujet qui lui tient à cœur.

C’est pourquoi dans mon activité d’expert je n’émets pas du jugements avant:

  • d’avoir bien appréhender le contexte
  • d’avoir bien compris les mécanismes de fonctionnement des équipes
  • d’avoir bien compris les contraintes de chacun
  • d’avoir appréhender les sensibilités de chacun
  • d’avoir pris connaissance de l’historique

Il est essentiel de savoir cela avant de pouvoir faire des préconisations pertinentes, qui ont une chance d’être efficace et qui sont réalistes. Les tests dépendent du contexte. Il est essentiel de le connaitre… mais cela n’est pas suffisant! Le test aussi de l’humain à des sensibilités, des expériences et des valeurs. Ne pas s’adapter à ces éléments humains c’est courir à l’échec! Et cela est vrai que l’on soit:

  • testeur avec la remontée de bugs, l’édition de rapport et l’envie d’apporter des bonnes pratiques
  • auditeur avec la restitution d’un rapport d’audit et la préconisation d’actions
  • Coach avec la responsabilité d’accompagner les équipes dans une démarche de transformation et d’accompagnement

Il est d’ailleurs intéressant de noter que cela ne touche pas uniquement le test et nos activités professionnelles. En effet cela est aussi vrai dans notre vie publique et privée.

Prenons un événement qui ne répond pas forcément à ce que l’on attend sur un point qui nous tient beaucoup à cœur. Prenons par exemple l’accessibilité et le fait de bien accueillir des personnes en situation de handicap (j’ai commencé à travailler sur ce type de sujet dès 2009 en stage pour une entreprise de transport public).

Si l’on arrive à un événement et que l’on voit que:

  • Il n’y a pas de rampe d’accès pour personne à mobilité réduite
  • Que les couloirs sont étroits
  • Que les conférences retransmises sur grand écran n’ont pas de sous titres…

On peut légitimement se dire que les organisateurs aurait pu/du faire mieux.

Il est alors possible

  • d’aller directement voir l’organisateur pour parler de ces sujets et essayer d’améliorer les choses
  • de discuter avec des participants pour comprendre le pourquoi du comment
  • de crier haut et fort que cela est un scandale

Si l’on souhaite faire un feedback et améliorer les choses la 3ème option n’en est en fait pas une. En effet, avant de critiquer ouvertement il semble important de bien connaitre l’historique et les contextes. On peut en effet imaginer:

  • Si on est dans un ancien bâtiment et qu’une rampe est prévue mais que pour le moment il n’y a pas les financements
  • Que le bâtiment utilisé n’était pas celui prévu à la base
  • Que la retransmissions sur grand écran a été ajouté très récemment à titre d’expérimentation
  • Que l’organisateur n’a pas eu le budget pour un interprète en langue des signes
  • Que l’organisateur n’a pas réussi à avoir un traducteur en direct ou avoir un logiciel efficace
  • Qu’il y a déjà des améliorations qui sont en cours et ont été mises en place (présence d’une personne pour passer les escaliers, enregistrement des conférences avec sous-titres ultérieurs, recherche d’un nouveau bâtiment)…

Je ne dis pas qu’il y a toujours des bonnes raisons au non suivi de bonnes pratiques ou de normes. Néanmoins sans avoir connaissance du contexte et des parties prenantes notre message parait toujours vide. On emploi des grands mots qui, au mieux, ne font pas échos auprès de nos interlocuteurs et, au pire, les braquent irrémédiablement ce qui entraine l’effet inverse de celui recherché.

Conclusion

Un testeur vit sur les erreurs des autres. En cela il n’apporte généralement pas de « bonnes nouvelles ». Il est essentiel de savoir comment présenter ces nouvelles afin de réussir à faire avancer les développements dans le sens d’une meilleure qualité.

Cette qualité de communication, de remontée de feedback est une compétence clé de tout bon testeur. Elle est malheureusement trop souvent oubliée… que cela soit dans sa vie professionnelle ou personnelle.

Il faut toujours se rappeler son but lorsque l’on fait un retour. Si le but est d’améliorer les choses il est important de ne pas rentrer en conflits avec ses interlocuteurs. Il est mieux d’avancer lentement que de ne pas avancer du tout!

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