La taverne du testeur

Mon expérience avec le télétravail

Préambule

Cet article n’est pas vraiment le type d’article que je publie actuellement mais il m’a semblé important, suite à la lecture de post et commentaires sur LinkedIn de parler du télétravail d’un point de vue de testeur… et d’un point de vue un peu plus haut niveau également.

En effet, le télétravail est devenu un sujet d’actualités et pour beaucoup il peut sembler inconcevable de ne plus en faire. Néanmoins, comme beaucoup de choses le télétravail, complet ou partiel, n’est pas toujours la solution car cela dépend beaucoup du contexte.

J’ai donc souhaité vous faire part, dans cet article de mon expérience du télétravail dans le test.

Mon expérience de télétravail avant le Covid

Le télétravail, souvent tabou jusqu’au Covid, est devenu en quelques années une pratique très répandue dans l’industrie logicielle.

De mon côté, j’ai été de 2011 à 2016 testeur dans des équipes généralement agiles. A ce moment là, faire du télétravail ne me venait même pas à l’esprit. J’ai ensuite rejoint Altran fin 2016 où j’ai immédiatement été quelqu’un sur qui les responsables ont souhaité s’appuyer pour développer le test et l’offre de test à Sophia Antipolis. Dès lors je n’ai plus travaillé à 100% pour un client ce qui a entrainé de nombreuses conséquences. La première est le fait de ne plus être totalement dédié et intégré à une équipe. J’ai commencé à avoir mon bureau chez les clients pour lesquels je faisais des missions longues mais aussi mon bureau à l’agence. La deuxième a été que je me suis retrouvé « de facto » à faire du télétravail lorsque j’étais à l’agence. En effet j’ai été amené dès 2017 à faire un audit au Luxembourg où je n’ai fait que les interviews sur place, j’ai travaillé en collaboration avec le centre d’expertise nommé « ITQ », j’ai accompagné des clients ou échangé avec des collègues près de Besançon, Montpellier, Nantes, Rennes, Aix en Provence, Paris… Et tout cela des fois dans la même journée! J’étais à l’agence en télétravail.

Mon manager de l’époque s’en est rapidement aperçu et m’a permis de faire ponctuellement du télétravail lorsque je n’étais pas chez le client. La seule action à faire ? Le prévenir au moins la veille par mail et avoir son approbation en réponse. C’est alors que j’ai commencé à avoir environ 1 jour de télétravail par mois, souvent le vendredi avant les départs en vacances ou des jours à forte contrainte contrainte familiale.

Une ambition a alors germé dans ma tête. Je souhaitais continuer à évoluer vers toujours plus d’expertise tout en ayant la contrainte de devoir rester là où j’habite: on ne déménage pas très facilement quand on a une maison et une famille. Ma solution hypothétique: être rattaché à une centre d’expertise parisien tout en étant 100% en télétravail! Cela pouvait sembler inaccessible mais c’est néanmoins devenu mon objectif: intégrer l’ITQ tout en restant dans le sud de la France.

Au cours de mes années chez Altran j’ai travaillé à temps partiel (80% les premiers mois puis 50%) sur une mission pour Orange pendant plus de 3 ans. Là encore j’ai expérimenté le télétravail. J’étais dans les bureaux en tant que PO et testeur en contact direct avec le client et les utilisateurs. Par contre l’équipe de développement se trouvait en Ukraine. Tout se passait bien et on a construit ensemble un super produit? Je parle d’ailleurs souvent de cette expérience dans mes articles de l’époque. Cette réussite est d’ailleurs en partie dû au fait que le tech lead de l’équipe venait (des fois accompagné d’un développeur) au moins 1 semaine par an nous rendre visite. On mettait cette semaine à profit pour parler de la vision du produit, échanger sur des points en particulier, se synchroniser et de mieux se connaitre! Notre productivité sur cette semaine et les suivantes était très nettement supérieure à la productivité moyenne tout en jetant les bases de l’évolution du produit mais aussi du sentiment d’appartenance à une équipe qui donne l’envie de se dépasser pour les autres. Sans ces semaines la qualité du produit n’auraient jamais été aussi bonne!

Les années sont passées, mon temps imparti à l’expertise a progressivement gagné en importance jusqu’au premier confinement qui coïncidait avec la fin de ma mission chez Orange (la transfert de connaissance s’est fait en télétravail).

Mon expérience depuis le Covid

Le Covid a bouleversé la pratique du télétravail. Du jour au lendemain la quasi-totalité des ingénieurs de l’industrie logicielle se sont retrouver en télétravail forcé… et on s’est vite aperçu que les impacts néfastes redoutés sur la « productivité » se sont révélées infondées.

De mon côté cela a rendu mon ambition accessible car depuis ce premier confinement je peux dire que je suis resté en 100% télétravail… avec des déplacements ponctuels.

Le confinement a accéléré beaucoup de choses et m’a permis d’intégrer l’ITQ sur Paris tout en restant dans le sud. J’ai alors multiplié les missions d’expertise plus ou moins longues, ai échangé avec des personnes formidables ce qui a accéléré énormément mon apprentissage.

D’un autre côté, en dehors de cette équipe d’expert, rien de stable. Les fins de mission se suivent et même si des liens se créent, il n’y a rien de semblable aux départs effectués dans les équipes pour lesquelles j’ai travaillé à plein temps en présentiels pendant des mois voir quelques années. Je tiens également à noter que les liens les plus forts sont ceux créés avec les personnes avec lesquelles j’ai le plus travaillé et avec les clients que j’ai vu physiquement!

Le télétravail m’a aidé à multiplier les missions et fait connaitre un nombre de personnes formidables impressionnant… néanmoins il ne m’a pas forcément permis, jusqu’à maintenant, d’avoir des relations plus profondes… sans déplacements.

Je parle régulièrement de mon équipe quand j’étais chez Altran. Ce qui a créé cette cohésion c’est évidemment un travail en commun mais aussi et surtout tous ces moments passés quand j’étais sur Paris. Parmi des moments il y a d’ailleurs eu de nombreuses soirées dans des bars! Je suis actuellement en train de construire de nouvelles relations au sein de mon équipe chez Qestit et là encore se voir accélère fortement la création de ces liens.

Je ne vous parle pour le moment que de mon expérience personnelle d' »expert test », cela ne reflète évidemment pas le quotidien du testeur. En effet, la journée « décousue » de l’expert s’adapte très bien à la flexibilité du télétravail qui reste un réalité dans les faits comme j’ai pu m’en apercevoir pré-covid. De par mes nombreux échanges je peux cependant certifié que tout n’est pas si « rose » pour les testeurs. En effet le télétravail a de nombreux intérêts mais pose également de nombreuses interrogations ou conséquences. Voici des retours que j’ai eu:

  • Il est impossible pour moi de travailler de la maison. Les raisons peuvent être multiples. On pense notamment à l’absence d’espace dédié, de problèmes de connexion, du besoin de frontière vie privé / travail…
  • 2 jours de télétravail ça va mais pas plus, j’ai besoin de voir les collègues
  • Une baisse des activités sportives et associatives à proximité du lieu de travail.de mon côté, le télétravail a signé la fin du foot sur la pause déjeuner, la fin des évènements en présentiel sur le test ou encore une diminution drastiques des restaurants avec des amis et/ou collègues (donc une baisse de la vie sociale)
  • Une augmentation du temps de montée en compétences. Avec des nouveaux arrivants moins encadrés et comprenant moins rapidement le contexte de la société, de l’équipe et du produit.
  • Une baisse du sentiment d’appartenance. Que cela soit au niveau de l’équipe ou de la société. On s’attache généralement aux personnes et non à l’institution. Cet attachement se fait à l’aide de souvenirs communs et de moments partagés

Tous ces retours sont à contre balancés avec les apports que l’on connait tous avec le télétravail: plus de temps perso, organisation de son temps de travail, moins de temps dans les transports…

J’ai d’ailleurs déjà été amené à échanger avec des managers se demandant quel était le juste équilibre entre présentiel et télétravail. Je n’ai malheureusement pas de réponse. Que des REX glanés au cours de mes expériences. Selon les contexte, du 100% télétravail est envisageable dans d’autres il faut minimum 1 ou 2 jours de commun aux équipes ou encore dans d’autres le télétravail n’est pas une option comme pour des tests équipes étant amenées à faire des tests sur du matériel spécifiques (machine de tri, imprimantes, voitures…) ou des contraintes de sécurité fortes.

Conclusion

Le télétravail a été pour moi une formidable opportunité. Elle s’est cependant accompagnée de déplacements ponctuels obligatoires (au moins pour moi) me forçant à s’organiser d’un point de vue familiale.

Le télétravail ne reste cependant qu’une nouvelle variable dans notre vie d’ingénieur de l’industrie logicielle au même titre que le salaire fixe, le salaire variable, les potentielles primes et intéressement, les conditions de la mutuelles, le business de l’équipe. Faire un choix sur ces variables ferme forcément d’autres choix. On peut par exemple imaginer viser un salaire très élevé au dessus des 100k€ par an tout en souhaitant exclusivement travailler pour des associations humanitaires ou écologiques.

Avec le télétravail c’est également le cas. On peut maintenant avoir assez facilement des offres en 100% télétravail. Cela engendre par contre une baisse du nombre d’opportunités. D’un point de vue personnel j’ai récemment rejoint QESTIT. Le 100% télétravail avec un maximum de 1 déplacement par mois faisait partie d’entrée des conditions. Cette condition ferme de ma part a coupé des portes pour de potentiels postes et dans le même temps a diminué mes prétentions salariales. Si je n’avais pas demandé de télétravail avec au maximum 1 déplacement par mois j’aurais sûrement cherché un poste avec plus de responsabilités ou un salaire plus élevé. J’ai décidé que ce qui importait le plus était justement la qualité de vie que m’apportait le télétravail.

Le télétravail reste récent, les entreprises tout comme les salariés ne le se sont pas encore totalement approprié tant au niveau de ses possibilités que de ses conséquences. D’ailleurs cet article paraîtra peut être totalement dépassé dans quelques années tant le télétravail aura évolué.

Et vous, quelle est votre expérience avec le télétravail ?

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