Duel: Stratégie de test vs Plan de test – Isabelle Hoareau

Introduction

Pour mener au mieux un projet de test, il est vivement conseillé de décrire de façon détaillée les grandes lignes de l’organisation des actions qui vont devoir être mise en place.

Bien que l’idée semble commune, la réalité n’est pas aussi triviale lorsqu’on parle de stratégie de test ou plan de test. Selon l’organisation dans laquelle nous nous trouvons, ce ou ces documents, malgré un contenu similaire, ne portent pas forcement le même nom.

Ce peut être zéro, un ou plusieurs documents, plus ou moins instinctifs et respectant plus ou moins une norme. Chaque professionnel du test a aussi une certaine idée de ce qu’ils doivent être.

Bien que l’intention d’organisation des actions de tests soit leur but ultime, leur contenu n’est pas toujours clairement défini ou cadré, des éléments semblent être d’ordre stratégique pour certains et de l’ordre de la planification pour d’autres.

Quelle est alors la différence entre un plan et une stratégie test ?

Pouvons-nous en faire une distinction précise et consensuelle ?

Définitions

Pour y voir plus clair, commençons par sortir du test et par revenir au sens plus général de chaque terme en ouvrant un bon vieux dictionnaire.

La Stratégie est “l’art de coordonner des actions, de manœuvrer habilement pour atteindre un but” (Larousse). Elle est reliée à la prise de risque et à la prévision, à une réflexion générale sur des comportements supposés.

Le Plan est une “suite ordonnée d’opérations prévue pour atteindre un but” (Larousse). Il est lié à des problématiques d’organisation et de planification.

Dans une stratégie, l’action est tournée pour augmenter les chances d’atteindre un but non-certain dans une situation complexe. Dans un plan, l’enjeu réside dans la maîtrise du contexte et la planification des actions afin de parvenir à un but considéré comme atteignable.

Ces notions, ont-elles le même sens dans le test et la qualité logiciel ?

Dans la vision ISTQB (syllabus Test Manager), la stratégie de test et le ou les plans de tests sont avant tout vu comme des documents bien identifiés : 

  • La Stratégie de test décrit les méthodes de test générales et indépendantes des projets au sein de l’organisation. C’est « un document de haut niveau qui fournit une description générale du processus de test […] ».

L’ISTQB propose différentes stratégies à mettre en œuvre et conseille d’en choisir plusieurs.

Les plans de test eux documentent comment cette stratégie va être mise en place. Ce peut être un document unique comme un ensemble de documents selon les contraintes et la tailles des projets. Les plans peuvent être dédiés à un niveau ou à un type de test précis.

  • Plan de test maître (ou plan de test projet) – décrit l’implémentation de la stratégie de test sur un projet particulier ;
  • Plan de test de niveau (ou plan de test de phase) – décrit les activités précises à mettre en œuvre pour chaque niveau de test.

On comprend aisément que stratégies et plans sont imbriqués et qu’il est conseillé de faire des références croisées :

  • La stratégie liste les plans à mettre en place ;
  • Les plans font référence aux points stratégiques qu’ils traitent.

Pourquoi tant de confusion ?

Souvent, dans nos projets, nous constatons une confusion entre plans de test et stratégie de test.

Cette confusion trouve sa source dans le fait qu’ils décrivent chacun une démarche organisationnelle et prévisionnelle. C’est de l’omission de leur finalité, qui les distingue, que provient l’amalgame.

En matière de test, l’ISQB précise bien que la conception et l’organisation de cette documentation est intimement liée au contexte. Tout un ensemble de facteurs, comme la maturité des équipes, le choix des méthodologies, les contraintes métiers, la taille des projets ou encore la politique de la structure influencent et contraignent cette organisation.

Actuellement, il est difficile, voire impossible, de disposer d’une structure documentaire qui se veut générale et universelle et dans laquelle se trouve parfaitement définis plan et stratégie. Le consensus professionnel autour des variations du nom et du contenu de ces documents entretient aussi à sa façon cette confusion (voir syllabus, ISTQB, chapite2.4).

Conclusion

En résumé, la stratégie de test, en s’appuyant sur la politique qualité de l’organisation, identifie les risques et coordonne les plans de test en fonction. Les plans de test transforment les théories émises par la stratégie en identifiant les moyens, ressources et actions qui doivent être mis en place afin de diminuer ces risques.

En consultant d’autres ouvrages et articles, on découvre que la stratégie s’infiltre partout dans les tests. Elle leur donne leur sens premier, la raison pour laquelle ils doivent être exécutés. Le plan lui va les organiser et leur donner corps en leur attribuant des ressources, en les planifiant dans le temps et en identifiant les indicateurs de suivi.

Que se soit 1 ou 2 ou n documents séparés, qu’il s’appelle plan ou stratégie, l’important est de formaliser cette organisation et de la faire vivre tout au long du projet. Soumettre ces documents à une réflexion collective est indispensable. Toutes les parties prenantes des projets ne peuvent qu’enrichir ces documents en apportant leur point de vue et leurs expériences. En particulier, impliquer les testeurs à leur élaboration et leurs évolutions est essentiel pour que ces derniers puissent mettre du sens à leurs actions. Rien n’est pire que de tester juste pour… tester.

Il est aussi utile de garder un certain détachement face à la structure de l’entreprise pour conserver une neutralité politique suffisante à l’obtention des tests de qualités.

Une bonne connaissance de l’écosystème du projet est capitale (atout, faille, métier, politique d’entreprise, …) pour établir correctement les grandes orientations et qu’elles restent en harmonie face aux risques dont l’entreprise souhaite se prémunir.

A propos de l’auteur: Isabelle Hoareau

Ma carrière dans l’informatique commence il y a une vingtaine d’année à l’époque où le monde tremblait face au bug de l’an 2000. Peu diplômée, j’ai fait mes armes sur le terrain et dans les livres. J’ai commencé comme testeur, puis développeur et en 2006, je deviens officiellement Consultant Qualité Logiciel grâce à FITEC. En 2018, j’obtiens ma certification ISTQB Fondation et en 2019 ISTQB Test Manager.

Ma carrière fut entrecoupée par d’autres activités, mais en 20 ans, j’ai eu le plaisir de voir passer le test logiciel d’une simple sous-activité pour informaticien débutant à un métier qui trouve aujourd’hui toutes ces lettres de noblesse. Mon souhait, aujourd’hui, est de contribuer à ce qu’il sera demain.

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